Perspectives Retrogrades

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 Meditation Polychrome (2ème partie)

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Stivheineken
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Date d'inscription: 23/03/2008
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MessageSujet: Meditation Polychrome (2ème partie)   Mer 26 Mar - 2:50

"Elle, n’avait apparemment que trente quatre ans. Divorcée, avec un enfant. Une fille. Il se voyait bien reconnaître un enfant qui n’était pas de lui. Et pourquoi ne pas lui faire un enfant à nouveau ? La petite serait moins seule. Mais que faire ? Se lancer dans le bâtiment ? Son frère aîné avait repris l’entreprise patriarcale, et il ne lui parlait plus. Pour cause ! Celui-ci niait tout religion, considérant son frère de la même trempe que ceux qu’il appelait vulgairement « les croisés ». Il avait la piété en horreur.

La télévision diffusait toujours ses programmes inutiles de la nuit. Il prit une autre cigarette, et se servit un café. Il pourrait s’inscrire dans une agence, trouver un emploi stable. Peut-être retourner à l’université. Peu importait, du moment qu’il ne devrait plus mentir aux gens pour un salaire de misère. Il aspirait à découvrir le monde, voler un peu de ses propres ailes pour oublier Dieu et se retrouver un peu lui-même. Ne serait-ce qu’un temps. S’appartenir enfin, cesser d’encenser des textes sacrés pour assurer la foule qu’ils mourront tôt ou tard, certes avec la bénédiction divine, mais qu’ils mourront de toute façon. Découvrir le parfum suave et entêtant qu’exhale le corps d’une femme, caresser sa peau, épouser ses formes, l’aimer tant et tellement plus que Lui, car il le retrouverait tôt ou tard quand disparaîtraient les rapports charnels. Oui, il voulait suer sang et eau pour combler cette femme et l’enfant qui l’accompagnait. Répondre enfin à ses avances troublantes ; il ne serait plus obligé de se soulager entre deux sermons après qu’elle fût passée pour se confesser. Bien souvent, il n’y tenait plus, et pis que l’écouter, il buvait ses paroles, sa voix le berçait, lui qui ne dormait presque plus tant la Foi et la Chair se disputaient son âme. Il fallait bien trancher ! Elle était si jolie…mais il était si inexpérimenté, inapte à conquérir une femme. Il avait juré plus tôt de renoncer à tout cela, de se livrer à la chasteté. Mais elle avait débarqué dans sa vie, à un tournant précis, alors que se profilait déjà l’envie de tout laisser tomber pour se retrouver enfin.

Qu’avait-il vécu de sa condition d’homme ? Rien. Il s’était absolument donné à son prochain, n’était-il pas le Déni de toute chose ? De lui-même sans doute…Il se sentit faible tout à coup, apathique et vulnérable, comme un enfant. Il eut soudain besoin de la main apaisante de sa mère sur son front. Mais elle habitait loin de là. Il pourrait tout aussi bien s’abandonner dans les bras de cette femme.
Il se redressa soudain : elle lui avait laissé son numéro ! Il se jeta sur sa soutane, fouilla et mis la main sur le précieux morceau de papier. « Adèle » dit-il tout haut. Il composa en tremblant le numéro qui ferait basculer sa vie. Une sonnerie. Puis deux. Puis trois…puis une voix endormie répondit. Il la désirait tout de suite, il était prêt. Il la voulait sienne sans plus attendre. Elle répondit qu’il devrait être patient. Quoi ? Attendre ? Encore ? Oui, juste le temps pour elle de s’habiller et de le rejoindre. Il fut soulagé. Il l’attendrait à l’entrée de l’église, sous le grand portail.
Lorsqu’il raccrocha, un immense bien-être l’envahit. Il considéra sa soutane : dès à présent, elle ne signifiait plus rien pour lui.

Il vit les phares éclairer le parvis de l’édifice. Il ventait encore beaucoup. Lorsqu’elle fut enfin près de lui, il la considéra longuement. Elle avait de beaux yeux noisette, pétillants d’excitation. Il caressa son front où la pluie avait collé des mèches brunes. Un effluve surpris ses sens. Lui, sentait l’homme, la cigarette et la sueur. Son visage luisait d’émotion. Ils s’étreignirent en silence, sentant leurs corps qui palpitaient dans l’ombre protectrice du monument. Il referma enfin la porte, et ils se dirigèrent lentement vers le presbytère. Le vent n’était plus qu’un râle sinistre qui parcourait l’édifice obscur. Quelques cierges et veilleuses faisaient jouer leur faible lueur avec l’architecture médiévale. L’ambiance était lugubre, empreinte d’histoire et de passé.

Ils ne furent sans doute pas les premiers à faire l’amour au pied du Grand Autel, dans le sein de l’enfant béni.

L’homme découvrit la femme comme à l’aube des temps. Il avait les mains expertes, comme s’il eût toujours maîtrisé l’art de la chair. Il semblait connaître la femme à merveille, ses points sensibles, répondait à toutes ses attentes ; il appréciait le parfum, le son de sa voix. Ce n’était plus ce prêtre affable en qui brûlait un feu timide, mais un homme ardent mu par le désir, animé tant par la Foi que par l’Amour. Il y avait dans cette relation quelque chose de sacré. Ils communiaient aux yeux du Grand Arbitre, et ce fut comme s’ils n’étaient plus, transcendés par une puissance surnaturelle. Elle pu voir son regard terrible qui l’embrasait, et tenta d’ouvrir la bouche pour gémir. Mais les forces lui manquèrent. Ils jouirent alors ensemble, comme à la naissance du monde.

Ils restèrent là, muets, vidés de toute souffrance. Elle frissonna soudain. Les dalles de pierre étaient glacées. Ils rentrèrent dans le presbytère. Il l’allongea sur le lit, la recouvrit avec ses couvertures, lentement, en caressant son corps nu. Il s’assit ensuite devant son secrétaire, et rédigea une lettre à l’adresse du Doyen. Il démissionnait sans préavis. Le vicaire prendrait la relève le temps de convoquer un prêtre remplaçant. Il rassembla ensuite ses effets personnels. Il considéra sa bible et son crucifix avec respect. Il leur devait cette rencontre miraculeuse. Loin de fuir la religion, il retrouverait Dieu en se rapprochant de lui-même. Il déposa délicatement les deux objets dans sa valise. Il ne possédait rien d’autre de plus important.
Il prépara du café. L’odeur chaude et apaisante envahit la pièce, tirant doucement la femme de son réveil, comme par un matin de vacances au bord de la mer. Elle se mit sur son séant pour lui adresser un sourire, et il le lui rendit tendrement.




A l’aube, un homme vêtu d’une vareuse et d’un jean sortirait d’une église en suivant une femme. Il ferait grincer la porte sur ses gongs centenaires ; le bruit sinistre du verrou se refermant mettrait un point final à des années d’angoisses. Quand la femme démarrerait la voiture, il tirerait sur sa gauloise en fermant les yeux.

L’Amour lui enseignerait ce que la religion lui avait caché des années durant : comment se rapprocher le plus près possible de soi-même dans les yeux de l’être aimé, pour se donner à son prochain, et enfin s’offrir à Dieu."

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L'artiste regarde sa fleur, non pas dans les verres grossissants afin de recueillir des faits pour la botanique, mais avec la lumière qui voit, en la variété choisie de tons brillants et de délicates nuances, des suggestions pour des harmonies futures.

Stéphane Mallarmé
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Meditation Polychrome (2ème partie)

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